Une Leçon De Courage...

je suis très fière de mon ami Laurent qui a écrit ce texte magnifique sur sa différence,prenez le temps de le lire il vous donnera envie de vivre.



Laurent Dublanchy a ajouté 4 nouvelles photos.

LA "DIFFERENCE

Je m’appelle Laurent Dublanchy et je suis « différent ».
Non pas en matière de talents ou de richesses…
Photo de Laurent Dublanchy. Je suis né « différent ». Un beau bébé de 3,550 kg avec deux doigts en moins à la main droite et un pouce plat.
Innocent et inconscient de la cruauté du monde dans lequel je venais d’arriver, je souriais aux gens et gazouillais de plaisir. Sans savoir que je me laissais impacter par le rejet d’une famille paternelle adoratrice du culte de l’apparence, et d’une famille maternelle aimante et vaillante luttant contre une culpabilité viscérale insufflée injustement par la partie adversaire.
Ma mère me donna le doux prénom de « Laurent ». Mon père se pencha sur moi la première fois avec le doux nom de « bâtard ». Peu importe, j’avais fini par m’endormir.
Quant au chirurgien, sage homme, il consola ma mère en lui disant qu’à défaut de deux doigts j’aurai deux cases de plus dans le cerveau.
J’ai passé les premières années de ma vie à manger, dormir, faire mes besoins, rire, pleurer, dessiner, construire un monde imaginaire bon et coloré sans me rendre compte qu’à travers ses jeux ma mère me faisait travailler ma main pour la rendre aussi optimale que ma main gauche.
Naturellement « gaucher », j’étais un petit garçon épanoui, jamais capricieux, curieux de tout, débrouillard, ne percevant la « différence » qu’à travers les couleurs, les formes, les saveurs, le toucher, les sons, les odeurs et non pas à travers le regard social.
Photo de Laurent Dublanchy. A l’école communale, j’ai découvert d’autres univers. Facétieux et tendres.
Puis, en évoluant dans ce microcosme social qu’est la scolarité, j’ai commencé à percevoir la « différence » avec un goût légèrement acide. Comme la première goutte de citron qui tombe sur la langue. J’ai appris à épeler le mot « différence » en même temps que le mot « cruauté ».
Certains de mes camarades de classe devenaient pour la plupart de délicieux inquisiteurs. Je n’étais plus « Laurent », j’étais « le monstre », « l’extra-terrestre », j’étais pointé du doigt avec dégoût. On ne me touchait plus, on ne me tenait pas la main quand il fallait former les rangs. Mais pour d’autres, j’étais encore « Laurent ».
J’en parlai à ma tendre mère qui me consola mais je ressentis de plein fouet, sans qu’elle s’en rende compte, la souffrance qui l’habitait. Je décidai alors de ne plus lui faire part de mes problèmes. Ne minimisez jamais le ressenti d’un enfant ! Il perçoit bien plus de choses que la portée des mots.
Mon père préféra rester en retrait, confronté à ses propres peurs, ne me préparant nullement à entrer dans l’arène de la vie et à prendre confiance en moi. Un manque qui me colla à la peau de trop longues années.
Dans mes prières, je demandais aux forces divines de corriger cette petite négligence.
Dans mes moments de détresse, je me demandais si finalement il n’aurait pas été préférable de ne pas avoir de main. Au final, ça aurait été balo ! J’aurais eu moins de chocolat.
Mon salut commença à arriver timidement sous une forme bien étrange. Ce sont deux créatures fort attachantes qui me redonnèrent espoir. Il s’agit d’E.T. et de Yoda dans Star Wars. L’un avec 8 doigts et l’autre 6. Tous deux n’étaient pas des top models mais avaient la sagesse et l’intelligence du cœur. Et pour cela, ils étaient adulés dans le monde entier. Je pouvais donc m’autoriser à imaginer qu’un jour je pourrais moi aussi être accepté dans ce monde où la normalité règne en reine absolue et totalitaire sur des esprits conditionnés qui ne se sentent rassurés et puissants que lorsqu’ils font partie de la majorité anoblie.
Photo de Laurent Dublanchy. Le réconfort et la bienveillance ne sont pas l’apanage de tous les adultes, ce que je compris très rapidement. Après les assauts des enfants de mon âge, vinrent les regards emprunts du même dégoût des adultes, parfois teintés de pitié ou de curiosité malsaine ; se plaisant à me retenir la main lorsque je serrai la leur, pour l’ausculter comme on regarde une bête curieuse.
C’était devenu officiel : pour le monde qui m’entourait, je n’étais plus « Laurent », je n’étais même plus « différent », j’étais devenu une « anomalie », un « handicapé ». J’étais rangé par la normalité sociale dans la case « défaut » avec le tampon « produit faible ». Même l'armée m'a réformé.
A 15 ans, je me fis opérer de la malformation du pouce pour l’affiner et le rendre plus esthétique sans perdre la force de ma « pince » grâce à la bienveillance du chirurgien qui contribua lui aussi à me redonner force et espoir.
La nature a trouvé amusant de me jouer ce petit tour en m’accordant un physique somme toute assez charmant. Histoire de corser la chose ou pour compenser cette « erreur » ? Quoi qu’il en soit, enfermé dans cette cage construite par le regard des autres, je ne voyais pas dans le miroir le reflet d’un charmant jeune homme mais celui d’un monstre de foire qui ne pouvait plaire à personne. Nombreux furent mes angoisses, mes peines, mes échecs dans ma vie sentimentale, car les partenaires que j’attirais me quittaient dès que « ma différence » se dévoilait. Il y avait « tromperie sur la marchandise ».
Je finis par me replier sur moi, sans même m’aimer, ne cherchant qu’une chose : fuir les regards, les justifications, les explications, les blessures gratuites, les rêves brisés, la souffrance qui ronge. J’étais devenu un ermite dans ma propre vie. Alors qu’à l’extérieur je redoublais de sourire et de gentillesses pour être juste… aimé.
J’ai appris à créer des parades, à adopter une gestuelle permettant de dissimuler à tout ennemi potentiel mon « handicap ».
Je m’étais en fait créé un poumon artificiel, au lieu de respirer la vie à pleins poumons.
Etrangement, je n’ai été attiré que par les métiers artistiques, scéniques et manuels, permettant de matérialiser les conceptions de l’esprit et d’exprimer des émotions, du beau, de l’esthétisme.
J ‘ai même été chroniqueur sur France 2, aux côtés de Stéphane Bern extrêmement bienveillant, où je m’occupais des loisirs créatifs. Mais angoissé à chaque émission à l’idée d’être découvert.
Etrange ? Pas tant que ça !
C’est ce qu’une thérapie en profondeur basée sur la mémoire cellulaire m’a révélé.
Presque dix ans pour parvenir à me nettoyer en profondeur, pour me libérer des bagages qui n’étaient pas les miens, pour entendre et intégrer que je n’étais que victime de moi-même du fait d’avoir accepté de laisser les autres me faire du mal, pour apprendre à m’aimer et à me considérer, pour ne pas considérer l’autre comme mon rempart ou ma bouteille d’oxygène, pour rêver à nouveau sans avoir à m’y autoriser, pour me sentir légitime dans tout ce que je fais et réussir sans me saboter à aucun moment par manque de confiance. Presque dix ans pour retrouver mon bon pouvoir et mon permis de vivre que j’avais égaré. Presque dix ans pour comprendre que l’on attire à soi ce que l’on veut vraiment en fonction de la vibration que l’on émet.
Ce n’est pas parce que l’on est « différent » que l’on est « handicapé » et inutile.
Au contraire ! A vouloir palier une « différence », nous développons encore plus d’aptitudes pour se considérer à l’égal des autres qui bien souvent, endormis sur leurs lauriers, limitent leur expansion.
Ma main droite que je chéris aujourd’hui autant que ma main gauche, saisit, coupe, serre, repasse, coud, caresse, écrit à la plume (un peu maladroitement par manque d’entrainement), tape à l’ordi, … Grâce à elle je suis parvenu à réaliser de merveilleux modèles en couture, à construire des objets, des compositions de toutes les sortes.
Ma main droite me permet de filtrer les gens et de me détourner rapidement des imbéciles, surtout dans ma vie privée.
Ma « différence » m’a appris à me dépasser mais aussi et surtout à respecter, aimer, considérer les autres, sans pitié ou fausse compassion. La « différence » rime avec « sagesse ».
A 42 ans, je ne laisserai plus jamais quiconque m’enfermer dans une cage construite par ses propres peurs.
Grâce à une amie (Emmanuelle Llop merci !) qui m’a poussé à sauter le pas, j’ai signé avec l’agence de mannequin WANTED et MASTERS. Rien que le fait qu’un représentant de l’image mode me considère tel que je suis m’a prouvé que j’étais parvenu à renaître de mes cendres. Je n’ai plus peur d’un appareil photo ou d’une caméra. Qu’importe si je remporte ou pas des castings, j’ai appris à ne plus vivre avec la peur.
J’en profite pour remercier Samir Bahrir, ami et photographe talentueux, qui a également contribué à cette renaissance.
Je travaille maintenant dans la décoration d’intérieur entouré de gens humains et respectueux qui ne me considèrent pas comme un maillon faible car moi-même je ne me considère plus comme tel.
Voilà qui je suis. Ma main est faite de chair, d’os, de cartilages et de sang comme la votre. Vous pouvez m’aimer ou pas, me toucher ou me fuir, je ne m’empêcherai plus de vivre.
Vous que j’ai laissés me faire du mal, vous m’avez fait grandir dans l’idée qu’il me manquait quelque chose comparé à vous. Mais au final… c’est à vous qu’il manque quelque chose : amour, compassion, courage et intelligence. C’est vous que je plains aujourd’hui.
Si pour certains, tout cela semble bénin par rapport à l’objet de ma différence, imaginez alors ce que peuvent ressentir ceux qui connaissent une différence plus grande.
Le process est sournois et avec le temps fait de profonds ravages.
Il n’y a pas de concours de souffrance, il y a juste de la souffrance. Créée par qui ?... Pas par ceux qui, à la base, vivent bien leur « différence ».
Fort heureusement, un voile se lève enfin sur nos sociétés. Des amputés de guerre sont valorisés par des photographes de mode, des prothèses intelligentes réalisées par des imprimantes 3D permettent aux enfants de vivre normalement en ayant l’impression d’ête des super héros, une jeune
femme atteinte de vitiligo est devenue une égérie de mode,…
N’attendez pas que la société change pour changer votre regard.
Vous êtes la société. Ce changement commence par vous.
Regardez-nous comme des êtres humains à part entière ; avec votre âme, non plus avec votre égo.
Merci ! : )
Et merci de partager pour aider certains et certaines qui vivent leur souffrance en silence et s'empêchent de vivre.

Commentaires

Merci D'Avoir Pris Le Temps De Cocher Les Petites Cases... Je Vous Embrasse Bien Fort... Passez Une Excellente Journée... Bisous Très Doux <3